De Hwang Solo à Team Hwang (en français)

De Hwang Solo à Team Hwang
By Casey Lartigue Jr.
The Korea Times
June 28, 2016
Translated by Elodie Thiriez

Le 11 décembre 1969, un agent Nord-Coréen a détourné l’avion de ligne domestique Korean Air NAMC YS-11 allant de Gangwon à Gimpo 10 minutes après le décollage ayant eu lieu à 12h25. Les 50 passagers à bord (46 passagers et 4 membres de l’équipage) furent ainsi kidnappés par la Corée du Nord.

Le gouvernement Nord Coréen finira par libérer 30 personnes, mais retiens encore les 11 restantes. Une des personnes kidnappées est Hwang Won, un producteur de la chaine MBC à l’époque. Depuis 15 ans, son fils, Hwang In-Cheol, demande au régime Nord-coréen de libérer son père, alternant entre campagne de sensibilisation et campagne de pression, sans nécessairement provoquer le régime, et en gardant son action apolitique et purement humanitaire.

Ce n’est pas souvent que nous avons l’occasion de collaborer avec des personnes qui sont connectés à des évènements historiques mais, le 20 mars de cette année, j’ai rencontré In-Cheol à un atelier International des volontaires (International Volunteers Workshop). L’organisation que j’ai fondé avec ma partenaire Sud-Coréenne, Teach North Korean Refugee (TNKR), est une ONG qui se concentre sur les réfugiées Nord-Coréens mais nous acceptons la participation de Sud-Coréens comme étudiants si ceux-ci aident d’une façon ou d’une autre les réfugiés Nord-coréens ou s’ils peuvent démontrer un lien particulier avec la Corée du Nord. Nous avons invité In-Cheol à rejoindre TNKR en tant qu’étudiant travaillant avec des tuteurs volontaires pour apprendre l’anglais afin qu’il se prépare à transmettre son message en anglais et qu’il puisse se joindre à notre projet spécial traitant les questions en lien avec la Corée du Nordafin qu’il puisse monter une équipe de volontaires prêt à l’aider dans son action.

Pendant 15 ans, In-Cheol, a organisé seul des évènements et manifestations, travaillant occasionnellement avec des ONG internationales ou locales et des gouvernements dans sa tentative de voir son père revenir de Corée du Nord. Il a touché le fond quand il a perdu de l’argent et vu les membres de sa famille essayer de le convaincre d’abandonner.

Il a refusé de laisser son père qu’il connaît à peine, être oublié par le monde. Le 17 juin, il a mené un rassemblement au Pont de la liberté à Imjingak (près de la zone démilitarisé) avec 15 volontaires de TNKR et des membres de sa famille.
Si on se base sur le nombre de participants, le rassemblement pourrait être considéré comme un échec vu que seul 15 personnes y ont pris part. Pour In-Cheol, sachant qu’il a fait tout cela seul pendant 15 ans, ce rassemblement lui donna l’impression qu’une armée forted’un millier d’hommes l’avait rejoint.

La personne qu’on s’attendait le moins à voir au rassemblement fut Cécilia. Elle n’avait que quelques mois alors son frère In-Cheol avait deux ans quand leur père leur fut enlevé par la Corée du Nord. Elle explique qu’elle avait abandonné, essayant depuis des années de convaincre son frère et sa mère de passer à autre chose. Elle vit maintenant au Royaume-Uni, elle est revenue en Corée la semaine dernière pour voir leur mère qui est souffrante, observer le rassemblement, et voir si elle pouvait vraiment faire confiance aux personnes qui ont rejoins son frère dans son combat.

Le 13 avril, quand elle a commencé à collaborer avec son frère, j’ai publié une photo sur Facebook. Elle fut choquée de voir un large sourire sur le visage de son frère. Il y a quelques jours, elle m’a informée qu’elle ne l’avait pas vu sourire depuis des années, qu’elle avait détesté voir des photos des rassemblements qu’il avait organisé et réalisé seul. Ces derniers mois, elle a vu des volontaires venant d’Allemagne, Corée du Sud, Suisse, France, des Etats-Unis et même de Corée du Nord se joindre à lui, dans de joyeuses photos de groupes prises pendant la préparation du rassemblement et d’autres activités.

Au rassemblement du 17 juin, quand j’ai rencontré Cecilia pour la première fois, elle m’a dit qu’elle avait l’impression de rêver. J’ai pincé l’un de nos stagiaires pour lui prouver que « Non, ce n’est pas un rêve ». Elle nous a remercié de lui avoir donné « une voix ». Elle a admis qu’elle avait essayé de masquer ce kidnapping. Avec une équipe de volontaires internationaux, elle a déclaré : « C’est comme si j’avais enfin des mains, des bras, des jambes, une voix. La petite fille peut enfin se lever et se tenir droite. »

Les médias d’informations tombent parfois sur leur histoire, s’arrêtant pour prendre une photo, puis continuant leur route jusqu’à la prochaine histoire, ne regardant que très rarement derrière eux. La famille souffre depuis 47 ans, marquant les anniversaires et vivant les succès et les échecs de chacun sans Hwang Won.

Le meilleur compliment que Cécilia m’a fait alors que l’on discutait ensemble quelques jours après le rassemblement fut : « Vous êtes la personne qui rendent les personnes invisible visible. Vous écoutez les gens, vous comprenez ce dont ils ont besoin, et vous essayez de trouver des gens qui peuvent les aider afin que leur voix puisse être entendue. J’ai enfin l’impression d’avoir le pouvoir de faire entendre ma voix. »

Nous espérons pouvoir continuer à faire entendre leurs voix, que d’autres personnes continueront à signer la pétition sur internet et nous rejoindrons en Décembre afin de marquer le 47ème anniversaire du détournement de l’avion KAL NAMC YS-11 depuis le 11 décembre 1969.

Casey Lartigue Jr. est le co-fondateur de Teach North Korean Refugees (TNKR) à Séoul. Vous pouvez le joindre sur son adresse email : CJL@post.harvard.edu

Texte en anglais traduit par Elodie Thiriez

Hwang